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  • David Raynal

Casa del Jade, à la poursuite du diamant vert

En plein cœur d’Antigua Guatemala, l’ancienne capitale historique du pays inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, la Casa del Jade est une entreprise familiale fondée en 1977 par Gerald Leech, un américain originaire de Chicago, tombé amoureux fou du Guatemala et de sa culture amérindienne.


Aujourd’hui, elle est reconnue dans le monde entier pour commercialiser les meilleures productions de jade guatémaltèque grâce à des collaborateurs experts et passionnés. La Casa del Jade, la Maison du Jade en français, c’est avant tout un atelier qui peut se visiter et dans lequel, les visiteurs sont invités à comprendre en compagnie de sculpteurs, l’art ancien de concevoir, couper, façonner, lustrer et personnaliser les pièces de jade.



« Le savoir-faire séculaire du travail du jade avait peu à peu disparu du Guatemala. Il a fallu attendre 1948 pour qu’il renaisse de ses cendres à la faveur des fabuleuses découvertes archéologiques » explique Alejandra Mena, la directrice des ventes.

Dans les années 90, l’entreprise passe à la vitesse supérieure avec la restauration de la "Casa Antigua El Jaulón". Cette résidence coloniale du XVIe siècle, avait été détruite comme tant d’autres en raison des terribles tremblements de terre qui ont toujours si durement touché Antigua Guatemala depuis sa fondation par les conquérants espagnols en 1543. Centre culturel et d’art populaire, la bâtisse aux murs ocres flamboyants abrite également le magasin principal de l’entreprise.



Origine du jade

Le mot jade désigne en fait deux minéraux différents, la jadéite et la néphrite selon la classification du minéralogiste allemand Karl Hugo Strunz. Pour être considérés comme du jade, les deux doivent être présents sous forme d'agrégats, de granulés très fins ou de fibres entrecroisées. « La production du jade a véritablement recommencé avec la création de la Casa del Jade dans les années 70. Plus personne ne savait vraiment comment exploiter les mines et relancer l’industrie. Il a fallu retrouver le savoir-faire. Pendant 20 ans, nous avons eu le monopole de la production. Aujourd’hui plusieurs autres sociétés se sont lancées dans l’aventure. Même si nous utilisons des machines diamantaires industrielles, notre production est considérée comme artisanale, car tout se fait à la main, de la forme au polissage final » rappelle Alejandra Mena.



Car depuis plus de 5 000 ans en Chine mais également en Amérique centrale, le jade est utilisé comme matériau pour fabriquer des bijoux ou des ornements, mais aussi des armes et des outils, en raison de sa dureté et de sa grande résistance. Le jade néphrite, très courant en Asie, est souvent appelé jade chinois et sert notamment à la réalisation de belles pièces sculptées aux motifs variés, tels que des bouddhas, des dragons et des serpents, ainsi que certains symboles orientaux.


D'importants gisements de jade néphrite se trouvent également dans des régions telles que la Colombie-Britannique au Canada, l’Alaska et le Wyoming aux États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, où elle est notamment connue sous le nom de "The Green Stone" (La pierre verte). Le jade jadéite, plus rare, n’existe lui que dans quatre pays dans le monde, le Birmanie, les Etats-Unis, la Russie et le Guatemala.



Force mystique

Pour les anciennes civilisations mésoaméricaines, le jade attribut de la noblesse, était une pierre sacrée qui avait bien souvent une plus grande valeur que l’or. Chez les Olmèques, les Mayas, les Toltèques, les Kichés, les Mixtèques, les Zapotèques et les Aztèques, elle était la pierre de la création qui signifiait la vie, la fertilité et le pouvoir. Elle symbolisait aussi la force et la puissance de la nature, le vert étant la couleur de la jungle, des plantes et de la vie dans la forêt.


La pureté du jade constituait également un passeport pour l’autre monde, ce que les Mayas appelaient « Xiblalba ». C’est ainsi que de véritables trésors, colliers, bracelets, bagues, figurines, crânes avec des incrustations dentaires, mosaïques impressionnantes, vases à portraits ou encore masque funéraire du roi Pacal ont été retrouvés dans les tombes de nombreux sites archéologiques de la vallée de Mexico, du Costa Rica et bien sûr de Tikal au Guatemala. Sur la base d'une découverte sur le site archéologique de Cancuén dans le nord du Guatemala, il a été possible de déterminer l’éventail des techniques utilisées par les Mayas pour façonner la pierre émeraude.



L'une de ces techniques était le frottement du jade sur le jade et l'utilisation d'outils en cuir en forme de scie avec un abrasif, tel que le quartz, afin de couper une partie de la grosse pierre. Il y a plus de 2000 ans, les anciens utilisaient des mèches faites du même Jade pour pouvoir percer les perles de leurs colliers d'apparat (appelés "Chachales") ou leurs boucles d'oreilles.


Des études ont également émis l’hypothèse qu’un éclat supplémentaire était donné aux pièces à l’aide de résines d'arbres, des poudres de cristal et du sable, comme s'il s'agissait d’un papier de verre moderne.



Musée du jade mésoaméricain

En 2003, la Maison du Jade a ouvert les portes de son musée. A l’intérieur sont exposées plus de 70 pièces représentatives et emblématiques des quatre grandes cultures amérindiennes : Mokaya, Olmèque, Maya et Aztèque. Le choix des pièces et leur histoire, sculptures originales ou répliques minutieusement sculptées par les meilleurs artisans locaux, ont pour but d’emmener les visiteurs dans un merveilleux voyage à travers le temps. Un endroit où il est également possible de découvrir le jade à l'état naturel et d’apprécier l’infinie variété de tons qui rend ce joyau naturel si unique et spécifique.



« Pour avoir le droit d’extraire le jade, nous devons acheter une concession au gouvernement. Nous produisons environ 3000 pièces de jade tous les mois. Quatre-vingt-cinq pour cent de notre production est vendue ici au Guatemala. Nous avons plusieurs boutiques ou distributeurs à travers le pays. A l’aide de notre site, nous pouvons évidemment envoyer des pièces partout dans le monde et pourquoi pas place Vendôme à Paris » précise Alejandra Mena.




Vingt-deux langues mayas

Dès le départ, les initiateurs du musée ont voulu qu’il ne se résume pas seulement à un lieu de mémoire. Il fallait aussi qu’il puisse transmettre toute la passion et le mystère qui entourent la fabrication de ces pièces d’artisanat uniques, symboles de l’identité et de la richesse de la culture guatémaltèque. C’est dans cet esprit que les huit guides ont été formés pour s’exprimer en cinq langues : anglais, espagnol, italien, allemand et français, mais aussi pour deux d’entre eux, dans l’une des vingt-deux langues mayas, le cakchiquel.


La Casa del Jade possède l'autorisation du ministère de la Culture du Guatemala pour pouvoir créer des répliques de différentes pièces archéologiques, en utilisant les mêmes techniques que les maîtres anciens. Une particularité qui ne manque pas de ravir les nombreux collectionneurs qui viennent du monde entier et notamment des Etats-Unis, pour faire la visite et acheter sur place de nombreuses pièces rares.



« Nous faisons très attention à la pureté et à la qualité de notre jade. Nous le testons régulièrement auprès du Gemological Institute of America (GIA) et à l’institut national de l’énergie et des mines du Guatemala, afin de vérifier sa composition minérale. Notre jade qui a obtenu la classification A est ainsi 100% naturel. Nous détenons également la couleur la plus pure pour le jade qui est le vert émeraude. Nous essayons en permanence d’innover dans le design de nos produits qu’il soit inspiré ou non par la culture amérindienne, grâce au talent de notre designer Silvia Leech qui est aussi la fille de notre fondateur » explique Alejandra Mena.


Passion du jade

Avec ses 60 à 70 salariés selon l’activité, la Casa del Jade, se veut aussi une entreprise solidaire et responsable, en accord avec les valeurs chrétiennes qu’elle revendique. Concrètement, 20 % des ventes sont reversés à diverses organisations et associations caritatives. Elles œuvrent en faveur des populations déshéritées et vulnérables, via l’accès à la formation, mais aussi le financement d’activités sportives ou culturelles. L’entreprise qui est aussi soucieuse de protéger l’environnement, a aussi fait évoluer son processus d’extraction des minéraux dans les mines de la Sierra de las Minas, près de la ville de Zacapa, bien connue pour sa production de rhum.

Elle a fait remplacer dans ses locaux les éclairages classiques par des LED et propose des sacs et des emballages recyclables et biodégradables. « A l’époque des Mayas, quand quelqu’un mourrait, il devait être enterré avec un petit morceau de jade dans la bouche pour voyager sereinement vers l’autre monde » raconte pour conclure la visite Alejandra Mena.



Si cette coutume est définitivement morte avec les Mayas, la passion du jade fait à Antigua Guatemala, au pied des volcans de Agua, Fuego et Acatenango, toujours autant vibrer les esprits et les foules.

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