• Didier Vors

La Réunion, l’île de tous les contrastes

C’est un petit bout de France, perdu au milieu de l’Océan indien, à l’Est de « la grande île » (Madagascar) au carrefour des cultures d’Asie, d’Afrique et d’Europe. Bienvenue sur la volcanique, tropicale et métissée île de La Réunion.



Si proche, si lointaine

Appelée « Bourbon » au moment de sa découverte, en référence à la dynastie régnante à l’époque, les origines de son nom actuel restent bien incertaines et n’auraient été choisies que de manière tout à fait symbolique.

Située à plus de 10000 km de la métropole, on l’atteint après 11 heures de vol en grande partie au-dessus de l’Afrique de l’Est. Séjourner sur l’île de la Réunion, c’est à coup sûr ressentir ce sentiment diffus d’une sorte d’entre-deux. Des visions familières (la poste, la boulangerie les voitures) ne manquent pas de nous rappeler l’hexagone. Tandis que la végétation exotique, les fleurs exubérantes, le métissage de la population nous suggèrent fortement un lointain « ailleurs », tant les différences sont grandes. Car ici, culturels, ethniques, géographiques, tout ne semble que contrastes.


La “Réunion” des cultures

Si La Réunion constitue le territoire le plus métissé de la République, c’est la résultante des différentes phases de peuplements. Composée initialement d’Européens, auxquels se sont joints rapidement Malgaches, Indiens et Chinois, au cours des différentes phases de colonisation et de développement de l’île, il en résulte un métissage particulièrement important.




À l’heure où en Métropole on prône le vivre-ensemble, la Réunion apparaît comme un modèle, ou tout du moins une référence en la matière. Ici, le métissage est une réalité qui puise ses origines dans l’histoire de l’île puisque les premiers enfants nés à la Réunion étaient déjà des métis. Cet important brassage des populations a eu rapidement pour effet d’atténuer les différences ethniques pour donner naissance à une seule et unique identité : l’identité réunionnaise. Et si l’on ne se mélange pas systématiquement, on se respecte toujours.


La ” Réunion” des sens

Ici, tous les sens sont en permanence sollicités :  la rue bruit du son du Maloya (musique locale classée au patrimoine immatériel de l’Unesco) et de la langue créole, parfois mystérieuse pour une oreille non initiée, autrement plus facile à lire qu’à comprendre, tandis que le tisserin gendarme au magnifique pelage jaune fait entendre sa douce mélodie. Sur les marchés, la profusion d’étals débordant de fruits et légumes inconnus forment un camaïeu de couleurs vives qui ravit les yeux.




Tandis que les façades des cafés aux couleurs bigarrées nous invitent à déguster la « Dodo » (la bière locale). Les cases créoles, quand elles ne sont pas défraichies, offrent leurs magnifiques palettes de couleurs à nos regards admiratifs.


Enfin, comment ne pas résister à la tentation de goûter la cuisine réunionnaise (l’un des aspects les plus attachants d’un voyage dans l’île) dont les alléchantes odeurs envahissent la rue dans une invitation permanente à la dégustation : comme les incontournables caris (version locale du curry indien) au poisson ou au poulet frits sur un lit d’ail, d’oignon et d’épices, et toujours accompagnés de riz, dont les réunionnais sont grands consommateurs, ou encore le fameux rougail saucisses. Car ici le métissage se retrouve également dans l’assiette avec son mélange d’influences européennes, malgaches, chinoises et indiennes.


Une nature exubérante et hostile

42% du territoire réunionnais est classé au Patrimoine mondial de l’Unesco, c’est dire l’importance qu’occupe la nature sur l’île. Paradis des randonneurs avec ses trois cirques (Cilaos, Mafate et Salasie) elle compte pas moins de 900 km de chemins dont 3 sentiers de grande randonnée.


Elle abrite le plus haut sommet des Mascareignes (1) : le Piton des neiges qui culmine à 3070 mètres et l’un des rares volcans encore en activité dans le monde le bien nommé Piton de la Fournaise (dernière éruption en juillet août 2017).


L’épidémie de chikungunya (transmise par le moustique tigre) qui a sévi ces dernières années, remplacée plus récemment par la dengue, a durablement marqué les esprits. Tandis que la toujours actuelle « crise du requin » qui attaquent surfeurs et nageurs limitent voire interdisent l’accès aux plages et aux eaux transparentes de l’Océan indien. Une décision mal acceptée et qui semble diviser les insulaires. Ajoutée aux fréquents cyclones tropicaux qui s’abattent régulièrement sur l’île entraînant des phénomènes d’érosion, l’ensemble de ces éléments révèlent une nature parfois hostile, mais qui reste d’une extravagante beauté.

La Réunion :  un nom qui fait sens

Ces réserves mises à part, pour les visiteurs éphémères que nous sommes souvent, la vision de ce lointain département métropolitain peut sembler idyllique. Mais elle ne doit pas masquer, loin s’en faut les problèmes persistants du territoire. Par exemple : un taux de chômage atteignant 25% de la population (40% chez les jeunes), des chiffres bien au-delà de la moyenne nationale, auxquels s’ajoutent l’illettrisme, qui toucherait un habitant sur cinq et la poussée démographique due à un fort taux de natalité, qui en fait le département le plus peuplé des Outre- Mer, avec son corolaire de problèmes.


Mais heureusement il y a les habitants, gracieux et courtois, toujours accueillants qui se départissent rarement de leur sourire et de leur désarmante nonchalance à laquelle on s’habitue très vite. Au final, si le choix de son nom d’île de la Réunion était, comme on l’a vu, purement symbolique, il colle finalement tout compte fait plutôt bien à ce territoire. Force est de constater que les réunionnais se le sont fortement approprié et en ont fait une réalité tangible.


  1. Du nom du navigateur portugais…. Et qui comprend, outre la Réunion, les îles Maurice et Rodrigues