Sur titre
Iles d’Aran : songes de pierres

Elles se situent à quarante minutes en bateau de l’île mère … l’Irlande ! Elles s’appellent Inismor (la plus étendue), Inis man et Inisfree (la plus modeste) : ce sont les mythiques Iles d’Aran. Embarquer pour les îles, c’est accepter de redevenir un simple bipède, voire un cycliste.

Elles se situent à quarante minutes en bateau de l’île mère… l’Irlande ! Elles s’appellent Inismor (la plus étendue), Inis man et Inisfree (la plus modeste) : ce sont les mythiques Iles d’Aran. Embarquer pour les îles, c’est accepter de redevenir un simple bipède, voire un cycliste.




«  Je n’ai rien vu de si désolé ». John M Synge, « Les Cavaliers de la mer » (1907)

On n’emmène pas sa voiture sur l’archipel. Les seuls véhicules autorisés à circuler appartiennent aux  habitants. Conduits par des natifs, reconvertis en guides touristiques locaux, calèches et mini bus permettent une découverte 100% autochtone.


La randonnée pédestre constitue la principale activité de ces petits territoires. Il convient toutefois d’étudier préalablement la toponymie îlienne avant de se lancer à leur découverte. Ici, l’anglais ne sera d’aucune utilité ! Nous sommes dans un « Gaeltacht », une région où le gaélique demeure la langue d’usage et résiste toujours. Mieux vaut aussi revêtir des habits complètement imperméables sous peine d’abréger toute idée de balades. Comme en Bretagne, il fait beau plusieurs fois par jour ici !




Bien sûr pour les plus courageux, prêts à braver les vents de l’Atlantique, la bicyclette constitue une excellente alternative. Quel que soit le mode de déplacement choisi, vous aurez la douce impression de connaître tout le monde sur l’île dans laquelle vous résiderez. Ici les habitants vous saluent d’un signe de la main quand ils vous croisent sur la route, ou d’un « lovely day »  ou « failte » (mot gaélique, qui signifie à la fois bonjour et bienvenue), le tout lancé avec un fort accent. L’anglais n’étant pas leur langue maternelle, mais plutôt une langue étrangère…


Ne cherchez pas d’arbres susceptibles de vous abriter des bourrasques, ils brillent quasiment par leur absence, mais vous trouverez des murs de pierres à l’infini. Ils délimitent de petites parcelles et donnent aux lieux cette incroyable couleur verte et grise. Bien sûr, ils font partie intégrante du paysage irlandais, en particulier sur la côte ouest. Mais ce qui frappe ici c’est leur densité, leur concentration sur un si petit territoire. Combien sont ils ? Impossible de les dénombrer, plusieurs milliers sans doute. En revanche, pas de moutons, habituellement associés aux murets, mais des chevaux, beaucoup de chevaux. À tel point que chaque maison semble posséder le sien.




Çà et là, au cours de vos pérégrinations, vous verrez quelques chaumières dignes des plus belles cartes postales. La plus fameuse d’entre elles, rendue célèbre par le film « L’Homme d’Aran » de John Flaerthy s’est reconvertie en un vénérable « bed and breakfast ». C’est peu de dire que ce film a marqué les esprits. Il fait depuis longtemps partie du patrimoine local : une projection de l’œuvre se déroule quotidiennement au port de Kilkoran sur l’île d’Inismor.


Si la plupart des chaumières ont été remplacées par de nouvelles constructions, au confort plus moderne, cela n’atténue en rien le sentiment d’abandon de certains hameaux avec leurs maisons en ruine. La rudesse de la vie sur place ayant entraîné un fort déclin et un départ massif des élément les plus jeunes, ceux qui restent trouvent facilement refuge dans ces lieux d’extrême convivialité que sont les pubs irlandais. A l’image de chez « Ti Joe Watty » : c’est musique et ambiance assurée tous les soirs.



Ce caractère austère a inspiré de grands romanciers irlandais tels que James Joyce et son « Miracle du pêcheur d’Aran ». On l’aura compris, ces confettis perdus au large de l’Atlantique se méritent et ne s’offrent pas au premier venu. Et c’est tant mieux !