• Didier Vors

Mémorial Alsace Moselle : Antidote à l'oubli



Une histoire mouvementée, un territoire disputé


A flanc de coteau, surplombant la vallée de la Bruche, l' emplacement du mémorial Alsace Moselle , à Schirmeck ,face au camp de concentration du Struthof, ne doit rien au hasard.

L’Alsace Moselle,voisine immédiate de l’Allemagne de part sa situation géographique connut de grandes souffrances. Certes ce fut le lieu commun de bien des régions frontalières et il ne s’agit pas de hiérarchiser les traumatismes endurés par les populations.

Mais l’exceptionnelle durée du contentieux franco prussien à ses débuts et franco- allemand par la suite impactèrent de manière implacable cette région.

Telle semble être l’ambition du mémorial Alsace Moselle : raconter avec le maximum d’objectivité cette période qui s’étend de la guerre de 1970 à la fin de la 2ème guerre mondiale. Mais aussi , bien que ne soit pas l’objectif avoué, réhabiliter la mémoire des « malgré nous » les hommes incorporés de force dans la Wermacht ( l’armée allemande)durant le dernier conflit mondial.


Le réalisme des décors


Ce qui frappe dès l’entrée dans le musée, c’est l’hyper réalisme des décors et l’importante iconographie ,fruits on l’imagine de longues recherches et d’importants collectages.. D’emblée le visiteur est littéralement « saisi » happé par les lieux. Il participe volontiers à cette déambulation historique où tour à tour selon sa sensibilité propre on peut passer par des sentiments contradictoires de colère, de peur , de peine de révolte et aussi d’espoir.

Au gré des différents espaces, suivant une progression strictement chronologique ,on s’imprègne de l’atmosphère régnant durant l’évacuation de 1939 et les expulsions de 1940.

On découvre le quotidien d’un fort de la ligne Maginot, on saisit l’implacable oppression de la germanisation, et le drame de l’incorporation forcée. On apprend comment s’organisait la résistance aux nazis et l’on vibre aux grandes heures de la libération.




L'Europe pour tourner la page


La visite s’achève sur une note optimiste symbolisée par les différentes étapes de la construction européenne.

Si parfois, de notre récit national, ont pu naître des malentendus voire de la suspicion envers les alsaciens, les mosellans ,durant ces périodes troubles, le mémorial, par la clarté et la teneur de son propos lève toute ambigüité sur les différents protagonistes de ces sombres pages de notre histoire. Ce n’est pas là le moindre de ses mérites.

Quelques années seulement après les commémorations du centenaire de l’armistice mettant fin aux combats de la 1ère guerre mondiale et au moment où disparaissent peu à peu les derniers témoins de la seconde, conserver la mémoire des conflits passés n’en devient plus que vitale.



Crédits photographiques :

Mémorial Alsace Moselle


Pour aller plus loin :

www.memoriel-alsace-moselle.com

www.malgre-nous.eu


les lieux de mémoire selon l'historien Pierre Nora :


« Les lieux de mémoire, ce sont d’abord des restes. La forme extrême où subsiste une conscience commémorative dans une histoire qui l’appelle, parce qu’elle l’ignore. (…) Musées, archives, cimetières et collections, fêtes, anniversaires, traités, procès-verbaux, monuments, sanctuaires, associations, ce sont les buttes témoins d’un autre âge, des illusions d’éternité." (…)»Il dit aussi « un lieu de mémoire dans tous les sens du mot va de l'objet le plus matériel et concret, éventuellement géographiquement situé, à l'objet le plus abstrait et intellectuellement construit». Il peut donc s'agir d'un monument, d'un personnage important,d'un musée, des archives, tout autant que d'un symbole, d'une devise, d'un événement ou d'une institution.