
lʼart dʼescargoter

Portbou (du monde)
À l’extrémité nord de la péninsule ibérique, Portbou marque la frontière entre deux pays et une même culture. Entre Catalogne espagnole et Catalogne française, ce petit port tourné vers la Méditerranée incarne un territoire de passage, de rencontres et de continuités.
Portbou, tout le monde descend !

S’il est toujours possible d’accéder au village de Port Bou par la route nationale, avec ses belles échappées sur le littoral, nous lui préférerons cependant le train. Ce n’est pas une surprise pour vpous, amis lecteurs! Descendre à la gare de Port Bou, que ce soit en venant du côté espagnol ou du côté français, c’est prendre une claque monumentale à la mesure du bâtiment. L’offre s’est étoffée depuis notre dernière visite, en particulier pour les trains régionaux venant de France. Et la gare dispose à nouveau d’un véritable guichet... finies les ouvertures aléatoires !
Portbou, discrète et authentique
L’église de Santa Maria, de style néo gothique achevée en 1879, que l’on aperçoit en sortant de la gare est à peu près le seul monument remarquable du village. Mais au final, ce n’est pas ce que l’on vient chercher ici, où rien n’est ostentatoire. C’est plutôt une ambiance, une atmosphère. Le beau côtoie le moins beau, le neuf le décrépi, pourtant un charme indéfinissable opère. Initialement, Port Bou était un petit port de pêche, "bou" signifiant "barque" en catalan. Toutes les rues en escaliers vous conduiront immanquablement à la petite « Rambla de Catalunya » centre névralgique du village.
Portbou, la dernière étape de Walter Benjamin

Outre son imposante gare internationale, Portbou demeure indissociable de la figure du philosophe Walter Benjamin, dont le destin tragique a profondément marqué l'histoire et la mémoire de la ville. Considéré comme le penseur des frontières, c’est là qu’il finit ses jours en 1940, au terme d'un tragique exil fuyant les persécutions nazies.
Dans une situation sans issue, je n’ai d’autre choix que d’en finir. C’est dans un petit village des Pyrénées où personne ne me connaît que ma vie va s’achever. Walter Benjamin
Appelé "Passages", le mémorial qui rend hommage au philosophe est composé d’un escalier de 70 marches, dans un tunnel descendant vers la mer. L’emprunter procure de vrais frissons. Ce monument est vite devenu une référence en matière de reconnaissance des droits humains et de réflexion sur la solitude et l’exil.
Portbou, le dernier horizon

A l’instar de celui de Sète, même s'il est de taille plus modeste, le cimetière de Port Bou mérite bien l’appellation de « cimetière marin ». Il offre un cadre d’une grande beauté, avec ses allées étagées descendant vers la mer. Autre différence avec son célèbre homologue, vous ne trouverez aucune stèle ni aucun monument funéraire, la configuration des lieux ne le permettant pas. Ici, tous les défunts sont logés à la même enseigne... dans une parfaite égalité. Rien de morbide, cependant, dans cette visite : ces lieux nous renseignent toujours sur la vie passée. Ici, la grande histoire est toujours prégnante, comme le rappel du droit à un enterrement digne pour toutes les victimes du franquisme enterrées dans des fosses communes.
Vous l'aurez compris, Portbou n'est pas seulement un point de passage : c'est un lieu de mémoire, d'histoire et d'horizons que nous vous recommandons chaleureusement de découvrir.
Pour aller plus loin :
Le coin du randonneur :
![]() | Portbou est le point de départ du "Cami de Ronda" qui parcourt toute la Costa Brava en 10 étapes (marquage identique aux sentiers de grande randonnée français) |
Le coin du ferrovipathe :
![]() | En Espagne, depuis Barcelona par les Rodalies de Catalunya (trains régionaux). En France, depuis Toulouse, Avignon, Nîmes, Narbonne et Perpignan par trains régionaux (T.E.R.) |





